Samedi 23 juin 2007

Chanson, créée le 25 juin 1990 à Montréal, pour le spectacle de la St-Jean «Aux portes du pays»






Depuis l'nombre d'années que je veux m'séparer
À l'heure où tout casse, je suis vraiment sonnée
Quand c'était l'temps d'agir, on a cru au pire
On a laissé faire, on est bien avancé
Faut se prendre en main quand on perd le pied
Et Je me souviens, l'as-tu oublié
Je suis d'un Québec qui reprend ses ailes
Le temps est au beau pour apprendre à te quitter

Devant la planète qui commence à crever
Tous nos mots d'amour seront des fleurs fanées
Si on a peur de tout et qu'on veut rien changer
Ô mon beau sapin, j'pourrai pus t'décorer
C'qui faudrait savoir c'est que notre histoire
N'a plus rien à voir avec le passé
Je suis d'un Québec qui reprend ses ailes
Le temps est au beau pour apprendre à s'envoler

Comment prendre un geste cruel et sans noblesse
Ne mets plus jamais les pieds sur mon drapeau (1)
Il faut bien qu'tu saches que j'suis pas faite de glace
Et j'fais la promesse que t'auras pas ma peau
Faites pas trop d'histoires j'ai ben d'la mémoire
Et notre heure de gloire va bientôt sonner
Je suis d'un Québec qui reprend ses ailes
Le temps est passé de dormir sur ses lauriers

Il y a tant à faire et la mort d'un roi
Mérite de refaire un monde bien à soi
Y'as pas d'date limite pour la liberté
Mais encore faut-il l'avoir méritée
Je suis d'un Québec qui reprend ses ailes
La route est tracée, y'a plus rien pour m'arrêter
Pour aller plus loin que le bout d'son nez
Et juste assez haut comme un bel oiseau


(1) "Printemps 1990: En Ontario, une quarantaine de villes suivent l'exemple de Sault-Sainte-Marie (une ancienne fortification française) et se déclarent «unilingues anglaises». Dans la municipalité ontarienne de Brockville, des extrémistes antifrancophones s'essuient les pieds et crachent sur le drapeau du Québec devant les caméras de télévision. Face à ces démonstrations haineuses, l'éminent fédéraliste libéral Claude Ryan déclare en chambre: «Si de telles manifestations d'hostilité envers le fait français devaient continuer à se multiplier (...) il faudrait à n'en point douter que nous nous interrogions de manière décisive sur notre place dans ce pays.»"

Samedi 27 janvier 2007
Le Bloc québécois demande une révision de la mission en Afghanistan, afin d'éviter des dérapages majeurs, comme en Irak.

Le Bloc s'inquiète de la militarisation de la mission, qui est de moins en moins humanitaire. De son côté, le ministre des Affaires étrangères part pour Bruxelles, où il assistera à une réunion de l'OTAN. Il en profitera pour demander de l'aide. Il espère que certains pays décideront d'envoyer d'autres troupes, surtout pour assurer la sécurité à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.

C'est dans ce contexte que Gilles Duceppe est venu à Montréal faire un long discours devant un auditoire d'universitaires, mais aussi devant ses propres députés.

«Le gouvernement doit expliquer à la population que si nous sommes en Afghanistan, ce n'est pas pour servir les intérêts américains ou pour faire la guerre. L'Afghanistan n'est pas l'Irak, l'Afghanistan ne doit pas devenir un autre Irak», s'est exprimé Gilles Duceppe. La mission, dit-il, a besoin d'être rééquilibrée. Elle est trop militaire, pas assez humanitaire. Les efforts sont insuffisants pour améliorer les conditions de vie des Afghans, qui, trop souvent, doivent se rabattre sur la culture du pavot pour survivre.

Dans le dossier de l'Afghanistan, le Bloc québécois peut grogner, mais ne peut pas mordre. Le Bloc a appuyé le prolongement de cette mission jusqu'en février 2009. Les conservateurs, même s'ils sont minoritaires, n'ont pas l'habitude d'écouter les préoccupations de leurs adversaires politiques.

SOURCE : PRESSE CANADIENNE

Mercredi 24 janvier 2007
candidate socialiste à la présidentielle en France, Ségolène Royal, a jeté un pavé dans la mare diplomatique en déclarant publiquement, lundi, son appui à la souveraineté du Québec.

Les chefs politiques à Ottawa et à Québec n'ont pas apprécié la position qu'elle a exprimée à Paris après sa rencontre avec le chef du Parti québécois, André Boisclair.

La presse et la classe politique françaises ne se sont pas gênées pour récupérer cette autre « bourde », rappelant que Mme Royal a déjà vanté l'efficacité du système de justice chinois et, lors d'un autre voyage, a mis du temps à réagir aux propos d'un élu du Hezbollah qui comparait l'attaque du Liban par Israël à celles du régime nazi.

Le quotidien Libération a intitulé sa nouvelle sur le sujet Le couac québécois de Royal, en plus de résumer la situation en disant: « Pas un jour sans une nouvelle polémique autour de la candidate socialiste ». Un autre quotidien, Le Monde, parle également d'une « polémique qui arrive cette fois d'outre-Atlantique ».

La chaîne d'informations continues LCI a pour sa part interrogé de nombreux politiciens, donnant ainsi une visibilité inattendue à cette visite d'André Boisclair.

La ministre de la Défense française Michèle Alliot-Marie s'est dite surprise de la « légèreté avec laquelle Mme Royal traite des questions internationales ». Un autre député UMP, Dominique Paillé, a dénoncé le « vide sidéral » de ses propositions et s'est dit inquiet de ses positions diplomatiques.

Selon Le Monde, le ministre de droite Christian Estrosi a été le plus mordant. Après avoir dit que Mme Royal semblait avoir « comme seule référence le Guide du routard » en politique étrangère, il a conclu: « Après l'Iran, l'Irak, Israël et la Chine, Mme Royal emprunte encore une nouvelle fois le costume de Gaston Lagaffe pour évoquer la politique intérieure du Canada ».

Des socialistes à la rescousse

L'ancien ministre socialiste et actuel président du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Pierre Chevènement, a pris la défense de Ségolène Royal. Il a rappelé qu'elle n'était pas la première à avoir fait des déclarations dans ce sens.

Il a nommé notamment le général de Gaulle qui avait lancé du balcon de l'hôtel de ville de Montréal en 1967 son « Vive le Québec libre! » et l'actuel président Jacques Chirac qui avait déclaré dans les années 90: « La France accompagnera le Québec quel que soit le chemin qu'il prendra ».

Selon lui, Mme Royal n'a pas manqué de jugement ni fait preuve d'un manque de connaissance des dossiers internationaux.

Le compagnon de vie de Mme Royal et premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, est lui aussi venu à la rescousse. Il a affiché sa sympathie pour le Québec, « une lointaine province qui est aujourd'hui, forcément, avec nous dans une relation d'amitié ». Il a toutefois mentionné que la France n'avait pas à s'ingérer dans le débat.

Les nuances de Royal

Ségolène Royal s'est défendue d'avoir fait preuve d'ingérence dans les affaires internes du Canada.

Dans une entrevue à la radio Europe1, elle a indiqué que ce sera aux Québécois de décider et qu'il ne revenait pas à la France de dicter aux Québécois et aux Canadiens ce qu'ils doivent faire.

Elle a précisé le sens du terme souveraineté: « Comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre et donc les Québécois décideront librement de leur destin ».

Lundi, Mme Royal a déclaré que sa position « reflétait des valeurs communes, soit la liberté et la souveraineté du Québec ». Elle a ajouté que « le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont également dans ce sens ».

André Boisclair doit rencontrer mardi le candidat de la droite pour la présidentielle, Nicolas Sarkozy.


SOURCE : RADIO-CANADA

Lundi 15 janvier 2007

 

Samedi 28 octobre 2006

Jean Leclerc est né le 14 mai 1961 à Québec. Alors que Jean est à peine âgé de trois ans, la famille Leclerc (son père, professeur de physique, sa mère, prof de dessin et son frère aîné Grégoire) part pour le Togo, un minuscule pays sur la côte occidentale de l'Afrique. Premiers coopérants de l'ACDI, les Leclerc sont les premiers blancs à s'installer et à enseigner dans le village de Palimé. Dans ce petit village, il aurait été fort mal vu que des gens aussi à l'aise n'embauchent aucun domestique. Leloup grandit donc loin du téléphone et du téléviseur, sous le regard bienveillant de Grand-Jean, son gardien, Coucou, le cuisinier de la famille, et Charles, l'homme à tout faire à la voix de fausset. Vivant comme ses nouveaux amis, pieds nus et bouffant du manioc avec ses mains, petit-Jean est vite initié au tam-tam et à la danse tribale.

Jean passe cinq ans au Togo, jusqu'à l'âge de 9 ans, après quoi la famille Leclerc retourne vivre au Québec. Très vite, ce drôle de bonhomme se fait remarquer par les parents de ses nouveaux amis avec ses danses étranges. « Les voisins ont interdit à leurs enfants de me fréquenter, se rappelle-t-il, amusé. Les enfants disaient que j'étais un vicieux. Pourtant, je n'avais pas un petit spermatozoïde qui aurait pu me donner le moindre désir sexuel. » 1

À peine le temps de refaire ses racines que la petite famille rempile pour l'Algérie. Le pays ayant acquis son indépendance en 1962, un million de colons français venaient de quitter le pays, et c'est donc dans un climat explosif que Jean vivra son adolescence. « Quand tu es à Alger, à 12 ou 13 ans, sans fric, dans la bagarre et la débrouille, tes valeurs ne sont pas les mêmes que celles de l'Américain moyen. » 2

« [En Algérie], j'avais vu la guerre, le racisme, la révolution, les oreilles qu'on coupait... alors qu'ici, au Québec, les francophones parlaient des maudits anglais et de l'exploitation. » 3

Il découvre la sexualité : « C'est là aussi que j'l'ai connue / la première fille que j'l'ai perdue / la première fille que j'ai aimée / la première fille que j'l'ai caressée. » 4 Il apprend la guitare et forme son premier groupe à 12 ans. « On avait une guitare cheap et on se mettait du bleu de méthylène plein la gueule, on jouait du punk et on s'appelait les Bleu Faces! C'était après la guerre d'Algérie, il y avait beaucoup de tensions. On se faisait niaiser continuellement par des gens qui nous traitaient de sales Blancs. Du coup, on cognait deux fois plus avec la musique. » 5 Il écoute un peu de musique (Hendrix, Deep Purple, Jacques Dutronc, les Stones, les Doors) et lit énormément : Bukowski, Michaux, Poe (sur qui il composera une chanson, Edgar), Lovecraft, Voltaire et Lafontaine. « À part Charlebois, j'écoutais surtout les seventies français: Dutronc, Maxime Le Forestier... et des gens comme Bob Dylan, Jimi Hendrix et les Beatles. » 6

Jeudi 26 octobre 2006
Une des figures majeures de la génération 90 de la chanson québécoise, Daniel Bélanger est un artiste toujours à l'affût de l'inspiration et d'une constante curiosité. Après avoir gratté la guitare en solo, s'être adjoint une formation rock ou s'être produit en formule intimiste, il s'intéresse aux sonorités électroniques qu'il marie une première fois à ses textes et à des extraits de sa discothèque personnelle sur son album "Rêver mieux" en 2001 avant de leur donner la priorité sur "Déflaboxe", une oeuvre impressionniste basée sur le déroulement d'un combat de boxe!

Jeune travailleur anonyme, Daniel Bélanger a la musique en haute estime dès son jeune âge. Il écoute Brel,
Charlebois, Charlélie Couture... Et la tentation devient grande de former un groupe pour expérimenter la scène et peut-être davantage. Humphrey Salade est le patronyme du groupe en question que les noctambules montréalais peuvent repérer sur quelques scènes dès 1983. On vit alors un creux de vague en chanson francophone au Québec et la relève rêve souvent en anglais! Trois ans plus tard, il tente une participation en solo au concours Rock Envol de la SRC au Club Soda. Mais la carrière tarde à démarrer.

Ce n’est qu’en 1989 qu’une bourse lui procurera la possibilité de créer un album. Daniel sait qu’un recueil de chansons doit être plus qu’une suite de titres, surtout lorsqu’il s’agit du premier... C’est alors que les rencontres peuvent devenir capitales et celle de Rick Haworth est de celles-là. Le premier disque met du temps à voir le jour, mais le talent combiné à l’expérience artistique font de "Les insomniaques s’amusent", qui paraît finalement à l'été 1992, une oeuvre personnelle révélant une grande assurance et un langage articulé. Comme bien des musiciens qui ont connu l’école des bars enfumés, il y a acquis un métier indéniable et c’est un artiste mature qu’on retrouve dans chaque chanson de l’album. "Opium", "Ensorcelée", "La folie en quatre", "Sèche tes pleurs". On n’avait pas vu autant de succès confirmés sur un premier album depuis ceux de
Beau Dommage ou de Paul Piché.

C’est une révélation pour le grand public... et pour les médias qui recherchent toujours du nouveau matériel qui les alimentera pour les deux prochaines années. Des clips vidéo fort bien réalisés et une présence en scène naturelle et rafraîchissante font du nouveau venu la coqueluche de l’heure. Le succès est contagieux puisque, dès l’année suivante, le chanteur se fait valoir outremer, à La Rochelle, à Saint-Malo, à Nyon, où il reçoit un accueil des plus chaleureux.

Lancement en France, prix de la SACEM et de l’ADISQ, disque platine au Québec (100 000 exemplaires vendus): c’est beaucoup pour la seule année 1993! Un tel engouement ne se retrouve que rarement. Si sa sensibilité de poète est palpable dans sa création, il sait aussi se faire plus léger en reprenant quelques chansons d’une autre époque, que ce soit lors de ses propres spectacles ou en compagnie des joyeux lurons du Boum Ding Band.

Après deux années remplies de tournées et de succès radiophonique, en habile stratège, il se retire du circuit pour une période équivalente, le temps de concocter un deuxième album "Quatre saisons dans le désordre" qui paraît en 1996. Et l’histoire semble vouloir se répéter, à cette différence près que l’auteur compositeur interprète est maintenant établi et attendu. "Les deux printemps" et "Le parapluie" suivent bientôt la voie tracée par les premiers succès. Tournée de promotion en France, nouveau disque platine, succès radio et une tournée couronnée de succès: la carrière parfaite mais pas encore véritablement internationale.

En février 1998, histoire d’établir un contact particulier avec son public et de briser la solitude de la route, Daniel inaugure son Carnet de voyage, une chronique hebdomadaire dictée et retranscrite sur le Web dans le sillage de sa tournée Seul dans l'espace, qu'il promène sur les routes du Québec jusqu'en juin de la même année. Puis il se replonge dans l'écriture de nouvelles chansons. Question de garder le contact, il propose à ses fans avec la collaboration complice de Patrice Duchesne, juste à temps pour la Saint-Jean 1999, un album triple intitulé "Tricycle" résumant ses tournées Les insomniaques s'amusent (enregistrement au Forum de Montréal), Quatre saisons dans le désordre (en direct de Spectrum, toujours à Montréal) et Seul dans l'espace (celui-là lors de son passage à Jonquière).

Après avoir terminé le siècle de si belle façon, l'auteur-compositeur-interprète qui se double ne l'oublions pas d'un mélomane chevronné laisse libre cours à sa curiosité pour les nouvelles textures musicales tout en profitant du délai pour publier un recueil de courts textes intitulé Erreur d'impression. Ces écrits parallèles tout comme les projets Déflaboxe et Hypnopédie, résultats de ses expérimentations en studio, lui permettent de se démarquer de son rôle de pourvoyeur de chansons, tout en alimentant sensiblement sa démarche à ce niveau.

Mais l'innovation n'est pas confinée aux quatre murs d'un studio. Après une mémorable collaboration avec
Jean-Pierre Ferland et Michel Rivard en lever de rideau des FrancoFolies de Montréal en juillet 2000, il expérimente la toute nouvelle formule des FrancoFolies sur la route en compagnie de Marc Déry, du percussionniste Mino Cinelu et d'un invité surprise différent à chacune de leurs escales dans dix villes du Québec. Le plaisir des collaborations se retrouve aussi bientôt sur disque alors que Daniel chante en duo avec Sylvie Paquette sa composition "Garde-moi". De retour à l'écriture et au studio d'enregistrement, il concocte un nouvel album de chansons " Rêver mieux" qui paraît à l'automne 2001. Album de transition, où les guitares acoustiques se marient aux sonorités traitées de la flûte traversière et de divers échantillonnages, sans oublier l'incidence purement électronique de "Dans un spoutnik" ou "Fugue en sol inconnu".

Le succès de "Rêver mieux" lui laisse toute latitude pour mener à terme son audacieux projet "Déflaboxe" qui voit finalement le jour fin 2003. Conçu comme un combat de boxe en dix rounds, celui-ci tient autant de la démarche vidéo avec ses effets ralentis et ses reprises en cascade que de la courtepointe musicale grâce à ses nombreuses évocations sonores. Celles-ci peuvent être des métaphores (extraits de "Soumis" du
Ville Émard Blues Band, "Deliver Us" d'Elvis Costello, ou de la musique thème de Lost In Space), des clins d'oeil à Claude Léveillée, Fernand Gignac, au groupe 60's The Association ou encore des effets directement liés au propos ('Schlack', gazouillis des petits oiseaux après un coup bien porté). Il n'aura donc jamais fini de nous surprendre, ce Daniel!

Dimanche 22 octobre 2006

Jean Leclerc est né le 14 mai 1961 à Québec. Alors que Jean est à peine âgé de trois ans, la famille Leclerc (son père, professeur de physique, sa mère, prof de dessin et son frère aîné Grégoire) part pour le Togo, un minuscule pays sur la côte occidentale de l'Afrique. Premiers coopérants de l'ACDI, les Leclerc sont les premiers blancs à s'installer et à enseigner dans le village de Palimé. Dans ce petit village, il aurait été fort mal vu que des gens aussi à l'aise n'embauchent aucun domestique. Leloup grandit donc loin du téléphone et du téléviseur, sous le regard bienveillant de Grand-Jean, son gardien, Coucou, le cuisinier de la famille, et Charles, l'homme à tout faire à la voix de fausset. Vivant comme ses nouveaux amis, pieds nus et bouffant du manioc avec ses mains, petit-Jean est vite initié au tam-tam et à la danse tribale.

Jean passe cinq ans au Togo, jusqu'à l'âge de 9 ans, après quoi la famille Leclerc retourne vivre au Québec. Très vite, ce drôle de bonhomme se fait remarquer par les parents de ses nouveaux amis avec ses danses étranges. « Les voisins ont interdit à leurs enfants de me fréquenter, se rappelle-t-il, amusé. Les enfants disaient que j'étais un vicieux. Pourtant, je n'avais pas un petit spermatozoïde qui aurait pu me donner le moindre désir sexuel. » 1

À peine le temps de refaire ses racines que la petite famille rempile pour l'Algérie. Le pays ayant acquis son indépendance en 1962, un million de colons français venaient de quitter le pays, et c'est donc dans un climat explosif que Jean vivra son adolescence. « Quand tu es à Alger, à 12 ou 13 ans, sans fric, dans la bagarre et la débrouille, tes valeurs ne sont pas les mêmes que celles de l'Américain moyen. » 2

« [En Algérie], j'avais vu la guerre, le racisme, la révolution, les oreilles qu'on coupait... alors qu'ici, au Québec, les francophones parlaient des maudits anglais et de l'exploitation. » 3

Il découvre la sexualité : « C'est là aussi que j'l'ai connue / la première fille que j'l'ai perdue / la première fille que j'ai aimée / la première fille que j'l'ai caressée. » 4 Il apprend la guitare et forme son premier groupe à 12 ans. « On avait une guitare cheap et on se mettait du bleu de méthylène plein la gueule, on jouait du punk et on s'appelait les Bleu Faces! C'était après la guerre d'Algérie, il y avait beaucoup de tensions. On se faisait niaiser continuellement par des gens qui nous traitaient de sales Blancs. Du coup, on cognait deux fois plus avec la musique. » 5 Il écoute un peu de musique (Hendrix, Deep Purple, Jacques Dutronc, les Stones, les Doors) et lit énormément : Bukowski, Michaux, Poe (sur qui il composera une chanson, Edgar), Lovecraft, Voltaire et Lafontaine. « À part Charlebois, j'écoutais surtout les seventies français: Dutronc, Maxime Le Forestier... et des gens comme Bob Dylan, Jimi Hendrix et les Beatles. » 6

Samedi 21 octobre 2006

Dans le métier depuis son plus jeune âge, producteur depuis 1999, Mario Pelchat avait déjà une impressionnante feuille de route à son crédit quand il s'est joint à la troupe de Notre-Dame de Paris où pour interprèter le rôle de Quasimodo, au tournant de l'an 2000. Bien avant de s’imposer au grand public avec la chanson "J’ai le blues de toi", en 1986, Mario Pelchat avait fourbi ses premières armes devant ses premiers publics. Encore enfant, il chantait en duo avec sa soeur Johanne dans sa région natale de Dolbeau. Déménagé à Montréal, il remporte le prix du concours Super Talents dédié à la relève musicale en 1981.

La même année il grave un premier 45 tours où l'on retrouve la chanson "Je suis un chanteur" de l'auteur-compositeur Martin Peltier, sur l'étiquette #1 de Guy Cloutier qui produit déjà les disques de
René Simard, Renée Martel, Nathalie Simard et plusieurs autres. Un peu plus tard, le microsillon également intitulé "Je suis un chanteur" réussit à faire connaître le jeune artiste chez les disquaires tout en rencontrant un modeste succès. Il en est de même pour son second album "Tu m'as fait mal" en 1983. Certaines chansons contribuent cependant à lui assurer la fidélité d'un public grandissant qui se déplace pour le voir dans les rares clubs de nuit qui subsistent au Québec. Mais c'est vraiment avec "J'ai le blues de toi", gravée chez Audiogram en 1986 qu'il accède au vedettariat. Dès lors, on le voit régulièrement au petit écran et, à partir de 1988, il devient animateur de l'émission Septième ciel en compagnie de Martine Chevrier à TQS puis, deux ans plus tard, de Attention, c'est show sur les ondes de TVA. Son troisième album, éponyme cette fois, lui amène de nouveaux succès au palmarès: "Voyager sans toi", "On s'aimera un jour", "L'otage", "Parfum d'adieu".

L'année 1990 sonne pour lui le moment de récompense pour ses efforts. Suite à une tournée triomphale au Québec, il remporte le Félix de l'Interprète masculin de l'année. Désormais accepté par les jeunes adeptes de chanson de charme et de jolies voix, il participe de plus en plus aux divers paliers de création de ses chansons. L'album "Couleur passion", paru sur une étiquette indépendante en 1990, le mène vers de nouveaux sommets: "Sur ta musique", "Combien de temps", "Quand on y croit" se retrouvent à leur tour aux premières positions et l'album est certifié disque d'or quelques semaines seulement après sa sortie. "Couleur passion" sera lancé à nouveau à l'échelle mondiale en 1993, après que le chanteur ait été repêché par l'équipe de Sony Music. Sony soutient déjà la carrière de
Céline Dion pour qui il a assuré la première partie lors de son passage au Forum, en juin 1991. Sur le nouvel album de Mario, simplement titré "Pelchat", qui paraît également en 1993, les deux artistes interprètent en duo la chanson "Plus haut que moi". L'album, réalisé par Aldo Nova, contient plusieurs adaptations signées Eddy Marnay dont "Pleure dans la pluie" en plus de trois chansons de Mario Pelchat et vaut à son interprète un Félix au Gala de l'Adisq, l'automne suivant. La tournée qui suit inclut une prestation au Stade Olympique devant 50 000 personnes en première partie de Madonna.

En 1995, il connaît un nouveau succès d'envergure avec la reprise de "C'est la vie", popularisée par Emerson Lake & Palmer une vingtaine d'années plus tôt, et publie une autobiographie intitulée Fais confiance à ta destinée. La sienne est manifestement favorable à ses nombreux projets puisque sa renommée atteint un niveau international à partir du milieu des années quatre-vingt-dix. On constate alors qu'il est au premier rang des chanteurs francophones au Liban et que sa chanson "N'importe où" est la chanson francophone la plus jouée de l'année à RML99. Dès lors, il s'y produit de plus en plus fréquemment. Il séjourne aussi longuement en France où il est en vedette dans La Vie en bleu, une revue musicale portant sur la vie du peintre Picasso et dont le metteur en scène est Robert Hossein. Plus de cent représentations sont données au Mogador, à Paris, et une trentaine à Monaco.

De retour chez lui, la maison Sony lance une compilation de ses succès "Incontournables" pendant qu'il prépare un nouvel album de chansons de son cru, agrémenté de quelques emprunts à Sylvie Laloum et à
Lynda Lemay. La réalisation est confiée à Tino Izzo et à Philippe Greiss. Mario en fait également le jalon de sa nouvelle maison de production, les Productions AMP 99. "VII" paraît à l'automne 1999. Quelques mois plus tard, il joint la troupe de tournée québécoise de Notre-Dame de Paris où il reprend le rôle de Quasimodo, défendu à l'origine par Garou. Au cours des saisons suivantes, il défendra ce personnage en France, en Belgique, en Italie et au Liban). Son rôle lui vaut un Félix dans la catégorie Spectacle de l'année – interprète, au Gala de l'Adisq en novembre 2000, tandis que sa chanson "Je n't'aime plus" se voit attribuer celui de la Chanson populaire de l'année.

Début 2001, il entame une tournée québécoise en solo qui dure plus d'un an et au cours de laquelle est enregistrée la majeure partie de son prochain album "Pelchat 20". Outre les chansons captées lors de son passage à la salle Roland-Brunelle de Joliette, le 28 novembre 2001, ce double album anniversaire contient plusieurs de ses succès dont quelques-uns réenregistrés en version semi-acoustique et une section Rétrospective multimédia de ses vingt ans de carrière.

Tout en participant à la tournée québécoise du spectacle Don Juan où il tient le rôle de Don Carlos, Mario se plonge dans l'esprit de Noël et entreprend une série de concerts avec l'Orchestre symphonique des Laurentides et le Grand Choeur de Montréal, sous la direction de Martin Dagenais, en décembre 2003. Désirant poursuivre dans cette veine, il enregistre "Noël avec Jireh Gospel Choir" l'année suivante. Ce nouvel album qui comprend des standards de la saison, fait aussi place à des hymnes gospel et à quelques chansons contemporaines, dont "Chantons Noël" une inédite de
Claude Gauthier. Sa parution, début novembre 2004, est suivie d'une nouvelle tournée d'une dizaine de villes au Québec avec le Jireh Gospel Choir.

L'année 2005 est marquée par d'importants développements dans sa carrière: Mario se voit consacrer une musicographie à MusiMax, un contrat de distribution européenne est paraphé avec EMI France et il enregistre son douzième album avec le concours des réalisateurs Jean-Félix Lalanne, Frank Eulry et Catherine Lara. "Le monde où je vais" compte aussi sur la participation des chanteuses Maurane et Lynda Lemay qui se joignent à lui, le temps d'un duo chacune. Tout en continuant de chanter l'amour, Mario Pelchat fait part de ses préoccupations sociales dans les titres "Arrêtez-les" qui porte sur les drames de l'École Polytechnique de Montréal et de Columbine, "Mon refuge" et "Des milliards de personnes". Enfin, le chanteur amorce sa carrière de producteur pour d'autres artistes en prenant sous son aile la chanteuse
Cindy Daniel, qu'il a eu l'occasion de côtoyer dans l'équipe du spectacle Don Juan.

On peut visiter le site officiel de
Mario Pelchat.

Mercredi 18 octobre 2006

Mary-Rose-Anna Travers, surnommée La Bolduc, naît le 24 juin 1894 à Newport, en Gaspésie. Elle y passe son enfance auprès d'un père violoneux. Malgré son manque de formation musicale, elle joue plusieurs instruments de musique (violon, accordéon, harmonica, bombarde) et se fait engager comme accompagnatrice pour les Soirées du bon vieux temps de Conrad Gauthier au Monument National. En 1927, elle y fait ses débuts professionnels et passe vite la rampe avec un seul refrain, qu'elle fait répéter à la foule, « Il y a longtemps que je couche par terre ». Dans le cadre de cette enceinte du « Vieux monument tout gris », que chantera le jeune Charlebois, elle écrit ses premières chansons, « La cuisinière » et « La servante », enregistrées sur disque 78 tours. Ce microsillon se vend à 12 000 exemplaires, ce qui, à l'époque, constitue un succès inégalé, et assure déjà à La Bolduc une grande popularité. Elle fonde alors sa propre compagnie et propose à Jean Grimaldi, au début des années 1930, de diriger ses nombreuses tournées à travers le Québec et l'Acadie. «Les disques ont précédé les tournées qui n'ont existé que parce que l'industrie du disque avait été totalement anéantie par la crise économique des années 1930. Si elle enregistre une quarantaine de 78 tours entre 1929 et 1932, elle n'enregistre rien en 1933 et 1934 et seulement sept 78 tours entre 1935 et 1939 (1 en 35, 4 en 36 et 2 en 39). En juin 1937 elle est blessée sérieusement dans un accident de voiture et meurt le 21 février 1941, des suites d'un cancer. » *

Ses créations s'inspirent de la vie courante et d'airs proches du folklore, ainsi que des traditions musicales telles la turlutte, la gigue et le reel. Plusieurs de ses 300 chansons auraient été écrites sur des timbres, et nombre d'entre elles, pour des circonstances précises. De la centaine de ses textes conservés, les trois quarts demeurent accessibles grâce à ses nombreux enregistrements et repiquages. Elle est reconnue comme la première chansonnière ayant pu vivre de son art. André Gagnon se rappellera d'elle dans Les turluteries (variations au piano inspirées de Bach et de 11 chansons de La Bolduc) et Jean-Paul Riopelle s'en inspire dans quelques tableaux. Charles Trenet l'évoque aussi avec sa chanson « Dans les rues de Québec » (1950), composée à partir de « Chez Gérard ». Les chansons « Ça va venir découragez-vous pas » et « La chanson du bavard », enregistrées en 1930 et 1931, témoignent, d'une part, de l'humour de la chansonnière devant la crise économique et, d'autre part, des remous qu'elle provoque dans des milieux plus sophistiqués à propos de son niveau de langue

SOURCE :La Chanson québécoise de la Bolduc à aujourd'hui, Roger Chamberland et André Gaulin, Nuit Blanche éditeur, 1994

Mardi 17 octobre 2006

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Auteur, compositeur, interprète et comédien
Montréal, 1944

Robert Charlebois tient une boîte à chanson au début des années 60 et en profite pour faire les premières parties des chansonniers invités. Sa chanson La Boulée en 1965 lui donnera une certaine reconnaissance. Le Charlebois qu'on connait émerge à la suite d'un voyage en Califonie et en Martinique en 1967. Il revient avec une guitare électrique , une première pour un chansonnier, et tout un baguage des ryhmes rock et latins. Son troisième microsillon paru en 1968 est déjà teinté de ces nouvelles influences. L'explosion ne tarde pas à suivre.

En 1969, il participe à un événement qui transformera le milieu culturel québécois. Le chansonnier dans la plus belle tradition des années soixante sera vite déclassé. L'Osstidcho est un grand happening culturel qui regoupe des artistes encore marginaux mais qui ne tarderont pas à se faire connaître: Yvon Deschamps, Louise Forestier, Jazz Libre du Québec. Charlebois y développe où d'humour, provocation et improvisation se mêlent au rock et au joual. Ce style cru, plus près du quotidien des gens, est rapidement adopté par toute une génération de jeunes qui font de Charlebois leur gourou. Ce dernier gagne rapidement du succès à l'étranger malgré des débuts difficiles à Paris ou sa première représentation a fait scandale. Les paroles des chansons marquantes de cette époque telles que Lindberg, Conception, Le mur du son et Ordinaire ont été l'oeuvre de paroliers dont il savait s'entourer: sa compagne Mouffe, Claude Péloquin et Marcel Sabourin. Charlebois était le maître de la synthèse des courants musicaux de l'époque et a parfaitement enveloppé ces textes d'un joual on ne peut plus québécois d'une musique universelle.

Ça arrive à manifacture
Les deux yeux fermés ben durs!
Les culottes pas zippées!
En r'tard
Ça dit qu'ça fait un flat!
Ou qu'le char partait pas!
Ça prend toute pour rentrer sa carte de punch dans slot d'la clock!

La chanson Ordinaire (1970) écrite par Mouffe exprime bien la pression étouffante ressentie par le "Grand Gourou" québécois.

Je suis un gars ben ordinaire,
Des fois j'ai pus l'goût de rien faire
J'fum'rais du pot, j'boirais d'la bière
J'f'rais d'la musique a'ec le gros Pierre
Y faut que j'pense à ma carrière
Je suis un chanteur populaire

Vous voulez que je sois un dieu
Si vous saviez comme j'me sens vieux
J'peux plus dormir, j'suis trop nerveux
Quand je chante, ça va un peu mieux
Mais c'métier là, c'est dangeureux
Plus on en donne, plus l'monde en veut

 

 

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Pendant les années soixante-dix, il a participé à plusieurs grands rassemblements des grands chantres du Québec: le célèbre spectacle de la Superfrancofête en 1974 avec Leclerc et Vigneault dont on a fait l'album J'ai vu le loup, le renard, le lion, ainsi que le non moins célèbre spectacle sur le Mont-Royal avec Vigneault, Ferland, Léveillée et Deschamps en 1976 dont on a fait l'album Une fois cinq.

Son changement radical de style à la fin des années 70 a terni sa popularité au Québec. Le "dieu fou" était devenu trop conventionnel. On a mal reçu son virage au "pop". Par contre, il est demeuré très populaire en Europe. On le voit souvent s'y produire dans des émissions de télévision. Quelques spectacles dans des festivals dans les années 80 et sa Maudite Tournée en 1994 a contribué à finalement réconcilier Charlebois avec son public québécois. Les excellentes bières qu'il a apportées au Québec y sont peut-être pour quelque chose! Il remporte le Félix hommage en 1993 et le Prix du gouverneur général pour les arts de la scène en 1994.

SOURCE : La chanson québécoise de la bolduc à aujourd'hui Robert Chamberland et André Gaulin, Nuit Blanche Éditeur, 1994