Les chefs politiques à Ottawa et à Québec n'ont pas apprécié la position qu'elle a exprimée à Paris après sa rencontre avec le chef du Parti québécois, André Boisclair.
La presse et la classe politique françaises ne se sont pas gênées pour récupérer cette autre « bourde », rappelant que Mme Royal a déjà vanté l'efficacité du système de justice chinois et, lors d'un autre voyage, a mis du temps à réagir aux propos d'un élu du Hezbollah qui comparait l'attaque du Liban par Israël à celles du régime nazi.
Le quotidien Libération a intitulé sa nouvelle sur le sujet Le couac québécois de Royal, en plus de résumer la situation en disant: « Pas un jour sans une nouvelle polémique autour de la candidate socialiste ». Un autre quotidien, Le Monde, parle également d'une « polémique qui arrive cette fois d'outre-Atlantique ».
La chaîne d'informations continues LCI a pour sa part interrogé de nombreux politiciens, donnant ainsi une visibilité inattendue à cette visite d'André Boisclair.
La ministre de la Défense française Michèle Alliot-Marie s'est dite surprise de la « légèreté avec laquelle Mme Royal traite des questions internationales ». Un autre député UMP, Dominique Paillé, a dénoncé le « vide sidéral » de ses propositions et s'est dit inquiet de ses positions diplomatiques.
Selon Le Monde, le ministre de droite Christian Estrosi a été le plus mordant. Après avoir dit que Mme Royal semblait avoir « comme seule référence le Guide du routard » en politique étrangère, il a conclu: « Après l'Iran, l'Irak, Israël et la Chine, Mme Royal emprunte encore une nouvelle fois le costume de Gaston Lagaffe pour évoquer la politique intérieure du Canada ».
Des socialistes à la rescousse
L'ancien ministre socialiste et actuel président du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Pierre Chevènement, a pris la défense de Ségolène Royal. Il a rappelé qu'elle n'était pas la première à avoir fait des déclarations dans ce sens.
Il a nommé notamment le général de Gaulle qui avait lancé du balcon de l'hôtel de ville de Montréal en 1967 son « Vive le Québec libre! » et l'actuel président Jacques Chirac qui avait déclaré dans les années 90: « La France accompagnera le Québec quel que soit le chemin qu'il prendra ».
Selon lui, Mme Royal n'a pas manqué de jugement ni fait preuve d'un manque de connaissance des dossiers internationaux.
Le compagnon de vie de Mme Royal et premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, est lui aussi venu à la rescousse. Il a affiché sa sympathie pour le Québec, « une lointaine province qui est aujourd'hui, forcément, avec nous dans une relation d'amitié ». Il a toutefois mentionné que la France n'avait pas à s'ingérer dans le débat.
Les nuances de Royal
Ségolène Royal s'est défendue d'avoir fait preuve d'ingérence dans les affaires internes du Canada.
Dans une entrevue à la radio Europe1, elle a indiqué que ce sera aux Québécois de décider et qu'il ne revenait pas à la France de dicter aux Québécois et aux Canadiens ce qu'ils doivent faire.
Elle a précisé le sens du terme souveraineté: « Comme dans toute démocratie, le peuple qui vote est souverain et libre et donc les Québécois décideront librement de leur destin ».
Lundi, Mme Royal a déclaré que sa position « reflétait des valeurs communes, soit la liberté et la souveraineté du Québec ». Elle a ajouté que « le rayonnement du Québec et la place qu'il occupe dans le coeur des Français vont également dans ce sens ».
André Boisclair doit rencontrer mardi le candidat de la droite pour la présidentielle, Nicolas Sarkozy.
SOURCE : RADIO-CANADA