Les peuples, comme les individus, doivent comprendre que leurs actes ont des conséquences.
Deux fois, les Québécois ont choisi de rester dans le Canada. Il était donc inévitable que le gouvernement fédéral imposerait sa lourde présence dans les célébrations du 400e anniversaire de Québec, ainsi que son interprétation de l'histoire.
La souveraineté nous aurait épargné tout ça. Nous en avions les moyens, l'occasion, et je reste persuadé que nous ne l'aurions jamais regretté.
SOUVENEZ-VOUS
Il est vrai que diverses interprétations de cet événement sont possibles. Mais qu'on ne nous prenne pas pour des imbéciles.
Ottawa veut imposer l'idée que la trajectoire française en Amérique est indissociable de son appartenance canadienne. Bref, qu'il n'y a aucune différence de nature entre le Québec et l'Acadie, juste une différence de poids.
Il faut dire qu'on a appris à se méfier. Vous vous rappelez des risibles Minutes du Patrimoine, de la télésérie Le Canada : une histoire populaire, des nouveaux manuels d'histoire plus «rassembleurs», des célébrations de la bataille de Vimy où soldats-canadiens-des-deux-langues-moururent- fraternellement-côte-à-côte ?
Depuis toujours, c'est pour maîtriser le présent qu'on cherche à contrôler l'écriture du passé.
ZÉRO LÉGITIMITÉ
Les symboles ne sont jamais innocents en politique.
Or, le premier rôle dans ces célébrations est occupé par la gouverneure générale. Cette fonction n'existe que parce que les armées britanniques en 1760, puis l'Acte d'Union en 1840, ont ravalé les descendants des colons venus de France au rang de minorité ethnique.
Voilà un fait irrécusable, pas une interprétation relativiste parmi d'autres. Que Michaëlle Jean ose parler en notre nom illustre notre condition néocoloniale et devrait nous remplir de honte.
Qu'on les aime ou pas, les représentants du peuple québécois sont Jean Charest et, jusqu'à un certain point, Stephen Harper, parce qu'ils ont été élus. Représentante de la reine d'Angleterre, la légitimité démocratique de Michaëlle Jean, et donc sa prétention à parler en notre nom, est inexistante.
Que des Québécois se sentent «dignement représentés» par elle, comme le notait La Presse, n'illustre que leur ignorance. Et que le premier ministre du Québec se soit laissé ainsi éclipser témoigne de la conception singulièrement étriquée qu'il se fait de sa fonction. Mais cela n'étonnera que ceux qui ont oublié dans quel contexte Jean Charest a pris la tête du PLQ en 1998, et ceux qui ne comprennent pas la mutation génétique subie par un parti qui fut jadis nationaliste.
DISPARAISSEZ !
Dans cette affaire, nous dit La Presse, les souverainistes se cramponnent à une lecture «caricaturale» de l'histoire. Curieusement, c'est toujours la lecture de l'autre qui est «caricaturale», jamais la leur.
Quand cela fait leur affaire, les fédéralistes accusent les souverainistes de chercher «la chicane». Mais quand ils ne peuvent plus nier un problème, ils diront que les «tensions» sont inévitables dans les fédérations. Belle contradiction.
Au fond, ce que les fédéralistes reprochent vraiment aux souverainistes, c'est d'exister et de s'exprimer. Comme si le seul bon souverainiste était un souverainiste muet, résigné, ou qui chemine vers la lumière du fédéralisme.
Il faut aussi se demander en quoi les fédéralistes québécois d'aujourd'hui ont une vision des choses substantiellement différente de celle qui prévaut ailleurs au
Canada. J'y reviendrai.
SOURCE : JOURNAL DE MONTREAL
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